La communication dans les fusions-acquisitions transfrontalières – Pourquoi la réussite d’une transaction ne se limite pas aux documents

5 janvier 2026

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Les fusions-acquisitions internationales sont des mécanismes complexes, préparés avec soin. Les avocats gèrent les risques, anticipent les contraintes réglementaires et rédigent des documents capables de résister à l’examen de plusieurs juridictions. Sur le plan juridique, bon nombre de ces transactions sont irréprochables.

Et pourtant, un nombre surprenant d’entre elles peinent à générer la valeur attendue.

Lorsque cela se produit, le problème ne se trouve pas dans la documentation. Il se situe du côté humain : les parties concernées croient-elles réellement en cette transaction ?

La confiance commence par la communication. Si les personnes ne comprennent pas la transaction, les documents ne suffiront pas à la sauver.

Ce que les avocats voient, et ce que les autres ressentent

Pour les juristes, l’opération est avant tout une question de maîtrise du risque. Chaque mot est pesé, chaque risque anticipé.

Pour les autres publics, la réalité est toute autre.

Les employés apprennent qu’un acteur étranger rachète leur entreprise et comblent eux-mêmes les zones d’ombre. Les clients se demandent si les priorités vont changer. Les autorités de réglementation cherchent des précédents. Les journalistes traquent un angle local.

Ces publics ne lisent pas les actes juridiques. Ils réagissent à des bribes d’information, à des conversations informelles et à la couverture médiatique.

Cet écart entre rigueur juridique et perception humaine fragilise souvent l’opération.

Le silence est rarement neutre

Entre l’annonce et la clôture, la prudence vire souvent au silence.

Les raisons sont compréhensibles : multiplicité des régimes de divulgation, contraintes liées au droit de la concurrence, règles d’emploi variables selon les pays. Personne ne souhaite dire la mauvaise chose, au mauvais moment, au mauvais endroit.

Mais le silence ne crée jamais la stabilité.

Sans information fiable, chacun bâtit son propre récit. Ces récits circulent vite, dedans comme dehors. Une fois ancrés, ils deviennent difficiles à corriger.

Une seule transaction. De multiples interprétations

Les transactions transfrontalières ne reposent pas sur des référents implicites communs.

Un message bien reçu dans un pays peut être perçu comme arrogant dans un autre. Une annonce jugée prudente et responsable sur un marché peut paraître évasive ailleurs. Les attentes en matière de transparence et de leadership varient bien plus qu’on ne l’imagine.

C’est pourquoi un message international unique est souvent inefficace.

La logique commerciale doit être cohérente, mais la confiance se construit localement. Cela suppose de comprendre, dans chaque marché, les voix d’influence et les préoccupations réelles des parties prenantes.

Quand l’incertitude s’installe, chacun se replie. Les rôles se figent, les décisions se retardent, l’énergie passe de la construction à la défense.

Résultat : désengagement, résistance et retards.

Les employés se positionnent plus tôt qu’on ne le croit

Pour les employés, une fusion-acquisition devient personnelle avant d’être stratégique.

Ils veulent savoir comment les décisions se prendront, si leur expertise sera reconnue et ce que cela signifie pour leur avenir. Ils n’attendent pas des certitudes, mais des réponses franches.

Des messages flous ou trop rassurants créent plus d’anxiété qu’une reconnaissance honnête des zones d’incertitude.

Les gestionnaires se trouvent au cœur de cette dynamique. Ils bénéficient souvent d’une plus grande crédibilité que les communications institutionnelles, mais manquent parfois d’outils pour expliquer concrètement l’opération. Sans clarté, l’incertitude se diffuse rapidement et s’enracine.

Ce n’est pas le changement qui crée le désengagement, mais la crainte de perdre son rôle, son influence, son identité ou sa stabilité.

L’attention externe change la donne

Les transactions internationales attirent une attention publique et politique bien plus forte que les opérations domestiques.

Propriété étrangère, emploi, intérêt national : autant de facteurs qui influencent les autorités.

Les attentes des médias varient selon les pays.

L’incertitude interne finit par se voir à l’extérieur. Clients et partenaires la détectent parfois avant la direction.

Pourquoi cela est important pour les conseillers juridiques

Pour les avocats qui accompagnent des opérations de fusion et acquisition transfrontalières, la communication ne se limite pas à des considérations d’image de marque. Elle fait partie intégrante de l’exécution de la transaction.

Une communication mal séquencée complique le dialogue avec les autorités, fragilise la crédibilité et rend l’intégration inutilement complexe.

À l’inverse, une communication bien conçue soutient la stratégie juridique, aligne ce qui peut être dit avec la perception locale et réduit les tensions.

Un test simple: si les parties prenantes ne sont pas en mesure d’expliquer, dans leurs propres mots, pourquoi l’opération est logique, la communication n’a pas porté ses fruits.

Les échecs ne viennent pas du manque de compétence juridique, mais d’une intégration tardive de la dimension humaine.

Pour les avocats, anticiper le risque communicationnel dès le départ peut faire la différence entre une transaction finalisée sur le plan juridique et une transaction réellement réussie.

Larry Markowitz

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